En bref — points clés à retenir rapidement :
- 🎬 Jérôme Dulaar : forain belge devenu entrepreneur culturel à Lyon, précurseur du cinéma parlant et de la technologie sonore.
- 🛠️ Inventions pratiques : baraques démontables (15 m), synchronisation phonographe-images, colorisation manuelle et bruitages live.
- 📍 Implantation locale : vogue de la Croix-Rousse, salle Le Dulaar (4e arrondissement), tournages régionaux comme le trajet Croix-Rousse–Sathonay.
- ⚖️ Héritage contrasté : acteur social du quartier mais victime des saisies de 1942 ; une rue porte son nom aujourd’hui.
- 🔎 Recommandation : réhabilitation historique et valorisation patrimoniale pour le tourisme culturel lyonnais.
Chapô — Une histoire qui claque comme un coup de tonnerre mécanisé : né en Belgique en 1867, fils d’une famille foraine, Jérôme Dulaar a pris le cinématographe à bras-le-corps et l’a transformé en attraction populaire dans les rues et les places de Lyon. Dès la vogue de la Croix-Rousse en 1897 il inaugure son Cinéma Mondain : gradins amovibles, grandes tentures rouges, toile traitée au lait de chaux pour améliorer la luminosité et une pédagogie vocale qui harangue la foule pour expliquer quelques minutes d’images en mouvement pour quelques sous. Le fragile miracle ? Une ambition entrepreneuriale : vendre des « baraques Dulaar » clés en main, synchroniser un phonographe sur la projection pour faire entendre des voix et de la musique — bref, inventer un phono-cinéma-théâtre qui anticipe le cinéma parlant. Implanté durablement dans la Croix-Rousse et le 4e arrondissement, mécène local et conseiller municipal, Dulaar a cependant connu les soubresauts politiques du XXe siècle : confiscation de sa salle en 1942, fin d’exploitation familiale en 1959. Cette trajectoire croise les grandes mutations urbaines et culturelles de Lyon ; son récit mérite d’être replacé dans l’histoire du cinéma et de la ville, avec un œil critique sur la mémoire publique et la patrimonialisation.
Jérôme Dulaar à Lyon : portrait du visionnaire forain et son ancrage au quartier de la Croix-Rousse
Le parcours de Jérôme Dulaar ressemble à une novellisation du forain modernisé : né en Belgique en 1867, sa jeunesse s’inscrit dans l’itinérance et l’exhibition populaire. Très vite, la découverte du cinématographe — quelques mois après la première projection publique — transforme la curiosité en projet professionnel. À Lyon, et plus précisément lors de la vogue de la Croix-Rousse en 1897, il installe son premier Cinéma Mondain : une installation mobile qui mêle spectacle forain et projection de films naissants.
Techniquement, la loge démontable mise au point par Dulaar permet une installation rapide sur les places et boulevards. Il installe des gradins, de grandes tentures rouges et une toile enduite au lait de chaux pour augmenter la réflexion lumineuse — des astuces de bricoleur ingénieux, mais aussi des choix esthétiques pensés pour amplifier l’expérience visuelle. Ces choix sont aussi des décisions commerciales : proposer un confort et un décor qui attirent la famille, les ouvriers et les habitués des vogues.
La notoriété locale naît aussi d’une pratique scénique : Dulaar n’est pas seulement projectionniste, il est maître de cérémonie. Il harangue la foule, contextualise les images, vend le spectacle à la voix. Ce mélange d’oralité et de projection crée une relation directe entre l’exploitant et le public, assume un rôle didactique et divertissant et positionne Dulaar comme un médiateur culturel de quartier.
La trajectoire familiale influence l’ancrage géographique : la perte d’un de ses fils en 1899 conduit la famille à s’installer à Lyon, même si les baraques itinérantes continueront d’arpenter la France, avec une forte implantation dans le sud. Cette base lyonnaise permet à Dulaar de capitaliser sur un public régulier et sur des réseaux associatifs et municipaux locaux.
Dans la Croix-Rousse et le 4e arrondissement, son entreprise culturelle prend aussi une dimension sociale : financement d’associations, soutien aux cantines scolaires et implication politique — il devient conseiller municipal socialiste. Ces engagements attestent d’une double logique : celle d’un entrepreneur de spectacle et d’un acteur municipal soucieux du quotidien des habitants.
Exemple concret : durant les années 1910–1920, la loge démontable se pose sur la Place Colbert et sur la place des Terreaux lors des fêtes locales, permettant d’offrir des projections au public ouvrier venu du quartier des Canuts. Ces implantations sont documentées dans des archives locales et mentionnées par des témoins de l’époque, ce qui confirme la présence régulière de Dulaar dans le paysage culturel lyonnais.
Limite et incertitude : la documentation complète sur certaines tournées est lacunaire. Les comptes de tournée ne sont pas toujours conservés, et certains établissements revendiquent des implantations contestées. Il convient donc de consulter les Archives municipales et les collections locales pour valider des dates ou des lieux précis.
Mini-FAQ locale
Où se trouvait précisément le Cinéma Mondain à la Croix-Rousse ?
Des sources évoquent des implantations fréquentes sur la vogue de la Croix-Rousse et des passages sur la place Colbert ; pour les adresses exactes, les Archives de Lyon conservent des affiches et des permis de voirie qui permettent de reconstituer ces emplacements.
Le Dulaar existait-il toute l’année à Lyon ?
Non : l’exploitation oscillait entre itinérance et périodes sédentaires, avec une salle tenue par intermittence au 8 (place), exploitable à partir de 1912 selon les sources locales.
Insight : reconnaître Dulaar comme « visionnaire » à Lyon exige de conjuguer preuves d’archives, récits oraux et lectures urbaines — une démarche qui révèle autant la force d’innovation que la fragilité documentaire de l’époque.
Innovation et technologie sonore : pourquoi Dulaar mérite le titre de précurseur du cinéma parlant
Attribuer au visionnaire Dulaar une place d’honneur parmi les précurseurs du cinéma parlant n’est pas une hyperbole : ses expérimentations avec la synchronisation du phonographe et la projection d’images constituent une avancée notable dans l’histoire du cinéma. À une époque où la projection restait silencieuse ou accompagnée par des instruments en coulisse, Dulaar entreprend de faire dialoguer le son enregistré et l’image projetée.
Technique : la synchronisation reposait sur une coordination mécanique. Un phonographe, calé manuellement, tournait en simultané avec le projecteur. L’opérateur ajustait la vitesse de rotation et lançait le disque au moment de la projection. Malgré les imprécisions inhérentes aux mécaniques manuelles et aux variations de vitesse, le procédé produisait des séquences parlées ou musicales qui donnaient l’illusion d’un « film qui parle ». Ce dispositif multipartite mélangeait technologie, performativité et spectacle forain.
Production sonore : Dulaar n’hésitait pas à combiner enregistrements et bruitages « live ». Si la bande phonographique apportait voix et musique, des machinistes situés en coulisse réalisaient des effets sonores en direct (bruit de pas, coups de feu, tonnerre artificiel). Cette hybridation est un point clef : elle montre comment la technologie sonore s’adaptait encore à une mise en scène fortement artisanale.
Colorisation et mise en scène : pour amplifier l’effet sensoriel, les films étaient parfois colorisés au pinceau image par image — technique manuelle et longue, visible sur certaines bobines conservées. L’usage des tentures rouges et d’une toile traitée au lait de chaux contribuait également à intensifier l’expérience visuelle et acoustique.
Exemple ancré : lors d’une représentation à la vogue de la Croix-Rousse, les spectateurs entendaient une chanson enregistrée et voyaient simultanément l’image d’une famille en procession. Le choc sensoriel crée une mémorable impression ; plusieurs témoignages d’époque évoquent un public surpris, riant ou pleurant selon les scénettes proposées.
Limites et incertitudes : la synchronisation mécanique était fragile. Les décalages temporels étaient fréquents et légèrement gênants, surtout pour des dialogues serrés. Cette instabilité technique montre que Dulaar proposait davantage une proto-innovation qu’une solution industrielle fiable. La véritable révolution du cinéma parlant ne viendra qu’avec des technologies d’enregistrement et de reproduction plus stables, mais l’initiative de Dulaar a préparé le terrain.
Alternatives et cas particuliers : pour les publics de quartier ou pour les forains sans accès à un phonographe, la pratique restait le bruitage en direct seul ; pour les salles paroissiales et cafés-projections concurrents, la musique live restait la norme. Les abonnés et exploitants plus riches pouvaient se permettre des équipements sophistiqués, tandis que les lieux itinérants misaient sur la polyvalence et le prix d’entrée bas.
Mini-FAQ technique
Comment Dulaar enregistrait-il les voix et la musique ?
Les enregistrements étaient réalisés sur des phonographes mécaniques : cylindres ou disques antiques, capturant voix et musique avec une qualité limitée mais suffisante pour l’effet scénique.
Le phono-cinéma-théâtre de Dulaar fonctionnait-il en salle fixe ?
Oui, parfois : certaines baraques sédentarisées ou la salle Le Dulaar à Lyon utilisaient le système pour des séances régulières, bien que l’itinérance restât centrale.
Insight : Dulaar n’a pas « inventé » le cinéma parlant au sens industriel, mais il a bel et bien expérimenté une révolution sonore bien avant la normalisation technique du secteur — et c’est ce mélange d’audace et d’artisanat qui fait son originalité.
Les « baraques Dulaar » : un modèle d’économie foraine et d’expansion commerciale en France
Le succès des installations de Dulaar ne tient pas seulement à la prouesse technique : il repose sur un modèle économique solide, adapté à l’itinérance foraine. Les « baraques Dulaar » — longues d’environ 15 mètres — étaient conçues pour être vendues « clés en main » à d’autres forains et exploitants régionaux. Ce produit packagé comprenait murs en bois, gradins, le matériel de projection et l’ensemble du décor, réduisant les barrières à l’entrée pour les entrepreneurs locaux.
Conception et modularité : la loge démontable permettait une installation rapide sur les places de marché et lors des fêtes foraines. Les baraques étaient pensées pour supporter des voyages en train, avec une structure robuste mais modulable. L’avantage commercial était évident : un forain achetait une solution complète, héritait d’un nom et d’un savoir-faire et pouvait rapidement générer des recettes sans inventer l’ensemble du dispositif.
Diffusion : ces baraques furent vendues dans toute la France. Elles se déployaient aussi bien dans le sud que dans les villes de l’est, suivant les saisons et les calendriers des fêtes. Cette stratégie de franchisage forain a permis une diffusion rapide des pratiques et des techniques de Dulaar.
Comparaison pratique : par rapport aux projections informelles dans les cafés ou les salles paroissiales, la baraque offrait une expérience plus immersive : gradins structurés, décor théâtral et son préenregistré. Pour le public, la valeur ajoutée se mesurait dans le confort et le spectacle ; pour l’exploitant, dans la standardisation d’un produit rentable.
Limite : la dépendance à la mécanique rendait l’ensemble vulnérable. Les baraques nécessitaient des opérateurs formés et un entretien bimensuel des appareils sonores et optiques. La sécurité et la réglementation locale pouvaient aussi freiner les installations dans certaines communes.
Exemple local : un forain achetant une baraque Dulaar pouvait, en un été, couvrir plusieurs foires lyonnaises et s’installer sur des foires à Villeurbanne ou à la Guillotière, optimisant ainsi sa saison commerciale. Ces trajectoires de vente expliquent pourquoi l’empreinte de Dulaar n’est pas seulement locale mais nationale.
| Caractéristiques 🧰 | Baraque Dulaar 🏕️ | Salle paroissiale / café ☕ |
|---|---|---|
| Mobilité 🚆 | Élevée ✅ | Basse ❌ |
| Son synchronisé 🎵 | Phonographe synchronisé 🎙️ | Musique live 🎻 |
| Capacité publique 👥 | Moyenne à grande (gradins) 🪑 | Petite à moyenne 🪟 |
| Coût d’entrée 💶 | Bas (prix forain) 💸 | Variable selon le lieu 💰 |
Alternatives et cas particuliers : certains exploitants préféraient garder une salle fixe pour fidéliser une clientèle, tandis que d’autres, surtout dans les zones rurales, maximisaient les recettes saisonnières grâce à l’itinérance. Les baraques Dulaar, en revanche, représentaient un entre-deux efficace pour conquérir de nouveaux publics.
Mini-FAQ commerciale
Combien coûtait une baraque Dulaar à l’époque ?
Les tarifs varient selon l’état et les équipements ; des documents d’archives montrent des transactions importantes pour l’époque, mais il convient de consulter les actes de vente conservés aux Archives de Lyon pour des chiffres précis.
Les baraques sont-elles encore visibles aujourd’hui ?
Non sous leur forme d’origine ; toutefois, des éléments matériels et des plans existent dans des fonds privés et municipaux, permettant des reconstitutions muséales.
Insight : la baraque Dulaar n’était pas seulement un objet technique, c’était un produit commercial intelligent — une franchise foraine avant l’heure, qui combine standardisation et spectacle local.
Impact social et politique à la Croix-Rousse et au 4e arrondissement de Lyon
L’histoire de Dulaar se lit également comme une histoire sociale : exploitant, mécène et élu local, il a tissé des connexions entre spectacle, solidarité et action publique. Dans un quartier populaire comme la Croix-Rousse, ses initiatives — financement d’associations et soutien aux cantines scolaires — ont eu un effet concret sur le tissu social.
Engagement municipal : devenir conseiller municipal socialiste traduit une volonté de porter des préoccupations populaires au niveau institutionnel. Dulaar utilisait sa notoriété et ses ressources pour soutenir des causes locales, ce qui en faisait un acteur hybride entre entrepreneur culturel et militant social.
Conflit et confiscation : la trajectoire est aussi marquée par la violence des années 1940. En 1942, les autorités d’occupation confisquent le cinéma, interdisant l’exploitation à des commerçants juifs — un épisode tragique qui touche la mémoire du quartier. La salle sera cédée et, après plusieurs décennies d’exploitation familiale, transformée en supermarché en 1959, illustration d’une mutation commerciale et urbaine observable dans d’autres secteurs de la ville.
Mutation urbaine : la disparition d’un équipement culturel au profit d’un commerce alimentaire illustre les tensions entre mémoire et modernité. Pour comprendre ces mutations, il est utile d’observer des comparaisons contemporaines — la transformation du tissu commercial lyonnais, analysée par des médias locaux, montre comment des quartiers entiers évoluent et se réorganisent autour d’enjeux économiques (voir par exemple des analyses sur la mutation commerciale de la Part-Dieu).
Exemple concret : la place où se tenait Le Dulaar a vu, au fil des décennies, l’arrivée d’un supermarché de proximité, signe d’un changement de priorité urbaine : du divertissement populaire à la consommation quotidienne.
Limite et incertitude : la mémoire orale du quartier et les archives municipales offrent parfois des récits divergents. Certaines associations locales proposent des relectures plus nostalgiques, tandis que les études urbaines privilégient une approche socio-économique. Il est conseillé de croiser ces sources pour une vision équilibrée.
Mini-FAQ citoyenne
Une rue rend hommage à Dulaar à Lyon ?
Oui : une rue du 4e arrondissement porte son nom, témoignant d’une certaine reconnaissance posthume pour son engagement local.
Peut-on visiter l’emplacement historique du Dulaar aujourd’hui ?
Le site est accessible mais transformé ; des panneaux et archives locales permettent néanmoins de situer l’ancien cinéma et de suivre son évolution urbaine.
Insight : l’itinéraire social de Dulaar montre que l’innovation culturelle s’inscrit souvent dans des luttes et des compromis urbains — un héritage qui interroge la façon dont la ville choisit ce qu’elle conserve.
Techniques de tournage et mise en scène : des films pris sur le vif à des démonstrations artistiques
Au-delà de la diffusion, Jérôme Dulaar s’est essayé à la réalisation. Ses films, souvent courts, oscillent entre documentaires de proximité et scénettes conçues pour l’effet scénique. L’un des exemples les plus fameux est le trajet filmé entre la Croix-Rousse et Sathonay, tourné depuis le toit : une expérience sensorielle et technique qui capte l’attention par sa prise de perspective et son audace physique.
Méthodologie de tournage : filmer depuis le toit d’un train implique des risques d’ondulation et d’instabilité optique. Pour obtenir une image acceptable, Dulaar combinait angles fixes et mouvements de caméra limités. Ces choix, contraints par le matériel, produisent aujourd’hui des séquences vivantes et précieuses pour l’étude du paysage urbain de la fin XIXe siècle.
Colorisation et post-production artisanale : la pratique de la colorisation au pinceau exigeait une minutie extrême. Chaque image était peinte à la main, produisant des variations de teinte et des effets parfois imprévus. Ces colorisations donnent une lecture particulière des films : elles introduisent une dimension chromatique qui cherchait à compenser le manque de fidélité de la reproduction monochrome.
Bruitages et effets : la scénographie sonore, mélangeant disque et bruitages live, participait à l’ambiance dramatique. Le public ne regardait pas seulement un enchaînement d’images, il vivait une mise en scène globale où le son synchronisé était un élément central.
Limite : la plupart des bobines ont souffert du temps. Le nitrate est fragile et le taux de survie des films de Dulaar est faible. Les restorations disponibles sont souvent fragmentaires et nécessitent un travail d’archivage et de conservation poussé pour être exploitables dans une programmation historique.
Impact local : ces films documentent un paysage lyonnais disparu et offrent des matériaux précieux pour les historiens urbains et les programmateurs de festivals. Leur valorisation peut inspirer des parcours culturels thématiques autour des lieux filmés, comme un itinéraire reliant Croix-Rousse et Sathonay.
Mini-FAQ patrimoniale
Où trouver les films de Dulaar aujourd’hui ?
Des éléments sont conservés dans les fonds municipaux et des collections privées ; des restaurations ponctuelles apparaissent dans des festivals ou expositions locales.
Peut-on reproduire une séance à l’ancienne ?
Oui : des reconstitutions sont possibles en s’appuyant sur des équipements d’époque et des opérateurs formés, mais elles exigent un travail technique considérable.
Insight : les films de Dulaar sont des témoins fragiles d’une expérimentation visuelle et sonore ; leur sauvegarde est un impératif pour l’histoire locale et la mémoire du cinéma.
Comparaison historique : Dulaar face aux frères Lumière et aux autres pionniers de Lyon
La mémoire populaire associe la naissance du cinéma aux noms des frères Lumière. Toutefois, l’avant-garde comprend une constellation de figures ; Jérôme Dulaar en fait partie. Contrairement aux Lumière, qui concentrent l’innovation sur l’optique et la diffusion documentaire, Dulaar articule une logique d’exploitation foraine, d’expérience sensorielle et d’industrialisation du spectacle itinérant.
Différences d’approche : les frères Lumière ont favorisé la démonstration technico-scientifique et la diffusion dans un cadre plutôt bourgeois, tandis que Dulaar a cherché à démocratiser l’accès en se tournant vers les vogues, les places populaires et les foires. Cette différence d’audience explique aussi pourquoi la mémoire institutionnelle a souvent préféré les Lumière, dont la trajectoire scientifique était plus simple à inscrire dans les institutions culturelles.
Complémentarité : il ne s’agit pas d’opposer mais d’enrichir la lecture historique. Dulaar apporte des réponses pratiques aux limites de l’époque : rendre le spectacle mobile, ajouter du son, proposer des structures standardisées pour la diffusion. En cela, il complète la palette d’innovations qui ont fait du cinéma un phénomène culturel et social.
Exemple : au début du XXe siècle, alors que les projections de salon fleurissent, Dulaar vend des baraques et propose des séances populaires. Cette stratégie favorise une diffusion plus large et une appropriation par des publics jusqu’alors peu touchés par le cinéma.
Limite : la reconnaissance institutionnelle tarde souvent à rattraper la diversité des acteurs. Certaines figures comme Dulaar restent marginales dans les récits classiques ; il appartient aux historiens et aux programmateurs de corriger cet écart.
Insight : considérer Dulaar aux côtés des Lumière enrichit la compréhension des débuts du cinéma ; c’est l’histoire d’une révolution multi-facette, technique et sociale.
Propositions pour réhabiliter Dulaar : patrimoine, programmation et tourisme culturel à Lyon
La réhabilitation de Jérôme Dulaar peut se décliner en actions concrètes utiles pour les habitants et pour la mise en valeur patrimoniale de Lyon. Trois axes prioritaires se dégagent : conservation des archives, programmation muséale et signalétique urbaine.
- 📚 Conservation et numérisation des bobines et des affiches : engager un projet d’archives pour restaurer et numériser les éléments existants.
- 🎞️ Programmation thématique dans les festivals locaux : proposer des cycles « cinéma forain » lors des Nuits de Fourvière ou d’événements locaux.
- 📍 Signalétique et parcours urbain : créer un circuit de mémoire autour des lieux d’implantation (Croix-Rousse, place Colbert, 4e arrondissement) avec panneaux explicatifs et QR codes renvoyant aux archives.
- 🏛️ Collaboration avec les institutions : solliciter les Archives municipales et le réseau des musées pour co-produire expositions et publications.
- 🤝 Partenariats scolaires et associatifs : intégrer Dulaar aux ateliers pédagogiques pour les collèges et lycées du quartier.
Limite : toute action nécessite des financements publics et privés, ainsi qu’un travail de validation historique. Les données doivent être croisées avec les sources officielles et datées pour éviter les anachronismes.
Exemple d’initiative : la création d’un mini-musée forain à la Croix-Rousse, présentant une baraque reconstituée, des extraits filmés et des démonstrations de synchronisation phonographique, offrirait un attrait touristique original et un outil pédagogique pour les écoles.
Alternative : si la création d’un lieu permanent est coûteuse, des expositions temporaires accompagnées d’ateliers itinérants permettront de tester l’intérêt du public et d’ajuster les contenus.
Insight : valoriser Dulaar, c’est reconnaître une histoire populaire du cinéma et enrichir l’offre culturelle lyonnaise par un projet qui croise patrimoine, enseignement et tourisme.
Analyse technique détaillée : démystifier la synchronisation son/image chez Dulaar
Comprendre comment Dulaar synchronisait son et image nécessite de rentrer dans le détail des technologies mécaniques de l’époque. Les phonographes étaient des dispositifs à moteur à ressort ou entraînés manuellement, avec des vitesses sujettes à dérive. Le projecteur, quant à lui, dépendait souvent d’une manivelle ou d’un moteur primitif à régulation approximative.
Procédé pratique : l’opérateur lançait le disque au signal de la projection et tentait d’ajuster la vitesse simultanément. La coordination reposait sur l’anticipation et la pratique : un technicien expérimenté pouvait maintenir une synchronisation acceptable pour des numéros musicaux ou des dialogues courts, mais la marge d’erreur restait significative.
Contrôle et calibration : pour limiter les écarts, Dulaar et ses opérateurs utilisaient des repères visuels et sonores : un clap improvisé, une séquence d’ouverture longue pour caler le rythme, des enregistrements de test. Ces pratiques montrent une sophistication empirique et une expertise artisanale notable.
Problèmes et solutions : la dilatation thermique, l’usure des ressorts et les irrégularités des pistes gravées sur les cylindres induisaient des variations de vitesse. Les solutions incluaient le remplacement régulier des pièces d’usure, la calibration avant chaque séance et parfois l’emploi d’un musicien en coulisse pour reprendre la main en cas de décalage.
Conséquences sur l’expérience spectateur : même imparfaite, la synchronisation ajoutait une dimension nouvelle à la séance — la présence de voix et de musiques enregistrées augmentait l’immersion. L’imperfection elle-même devenait parfois source d’amusement : des décalages provoquaient des rires, transformant l’erreur en spectacle.
Insight : la technique de Dulaar révèle la précocité d’une démarche ingénieuse — une hybridation entre mécanique, art et spectacle — qui préfigure les solutions industrielles ultérieures.
Qui était Jérôme Dulaar et pourquoi est-il important pour Lyon ?
Jérôme Dulaar était un entrepreneur forain né en Belgique en 1867, installé à Lyon, qui a expérimenté la synchronisation du phonographe avec la projection et mis en place des baraques itinérantes. Il est important pour l’histoire locale car il a démocratisé le cinéma et participé à la vie sociale de la Croix-Rousse.
Qu’est-ce que le phono-cinéma-théâtre ?
Le phono-cinéma-théâtre est une forme ancienne d’animation où un phonographe (disque ou cylindre) était synchronisé avec une projection d’images, parfois complétée par des bruitages en direct ; Dulaar en a été un praticien notable.
Où peut-on voir aujourd’hui des traces du travail de Dulaar ?
Des éléments sont conservés aux Archives de Lyon et dans des collections locales ; certaines manifestations culturelles et muséales présentent ponctuellement des fragments et des reconstitutions.
Pourquoi la salle de Dulaar a-t-elle été confisquée en 1942 ?
La confiscation de 1942 s’inscrit dans le contexte de l’occupation et des mesures discriminatoires : des commerces furent saisis et interdits aux commerçants juifs ; la salle de Dulaar a été affectée par ces décisions.
Quel lien entre l’histoire de Dulaar et les transformations commerciales actuelles de Lyon ?
L’exemple du Dulaar illustre la tension entre équipements culturels et mutations commerciales : la transformation de la salle en supermarché en 1959 est un cas précoce de conversion d’un lieu culturel en espace commercial, un phénomène encore observable dans les évolutions urbaines contemporaines (cf. analyses sur la transformation commerciale de la Part-Dieu).



